Le Patrimoine Architectural de la Basse Marche.

Conférence sur le Patrimoine Architectural de la Basse Marche à St Martin le Mault le 20/09/98 par George MAGNE (Conseiller en architecture urbaine et rurale au C.A.E.U. du Conseil Général de la Hte Vienne)

Qu’est-ce que le « Patrimoine »? C’est tout ce qui se rapporte à la « Tradition ». Autrement dit, cela concerne tout ce qui a trait à la « Transmission ».
Ce Patrimoine concerne
– L’habitat (Matériaux, formes et couleurs)
– Les pavages
– Les bornes
– Les barrières et les clôtures
– Les cimetières
– Les allées
– Les fontaines
– Les devantures de magasins
– Les arbres…

La Marche

C’est un terroir agréable constitué de haies bocagères, de larges parcelles. L’habitat est semi-groupé.
Avant 1900, la Marche était le grenier à blé de la région. Maintenant, c’est devenu une terre d’élevage (Ovins et bovins) et d’embouche.
Par endroits, on rencontre des chênes d’artilleurs (Ainsi nommés parce qu’ils étaient pratiques pour régler les canons en les visant). Mais, dans la région, on taillait les chênes en ne leur laissant que la pointe(Chênes émondés). Les branches coupées constituaient d’une part des fagots ou de la litière, d’autre part, le bois abattu était utilisé comme bois de chauffage par les métayers.
Un exemple typique d’habitat : Ratenon, avec les maisons regroupées autour d’une mare. (NB : ces habitations ne sont maintenant plus à vendre. Elles sont récupérées pour être rénovées)
Jouac : Très beau point de vue sur la France du XVIIIe siècle (il n’y a pas de poteaux…)

Arnac : la tour de Lubignac. Elle date de la fin du XVe. C’était un donjon de plaisance car il n’avait plus aucun intérêt face à l’évolution des armes militaires de l’époque. L’escalier, à l’intérieur est une rareté : il change de direction. Au sommet de la tour, on peut apercevoir une frise à mâchicoulis. La tour est un fleuron de l’architecture militaire du XVe siècle.

Arnac, dans une ruelle, près de l’église, on peut voir une très belle fenêtre sur un mur en pierres apparentes où les cales sont visibles.

L’habitat Ex : Le Château de St Martin le Mault

Fenêtre 

D’époque avec croisillons et meneaux

La toiture

Elle est à tuile plate (spécialité locale)
Son sommet est plus ou moins ondulé (travail irrégulier des scieurs de long qui ne font pas comme le travail à la machine)

toitcourbe

Les planches de rive sont apparentes. Le bois est simplement passé au carbonyle. (Erreur lors des rénovations : ces planches de rive sont recouvertes avec des tuiles, ce qui condense l’humidité et fait pourrir le bois)
Les cheminées en briques avec mitres
Encorbellement sur les cheminées de briques

chemineesLes chatières traditionnellement de forme triangulaire. Elles étaient en tuiles plates et tuiles canal pour l’aération des greniers. A St Martin du Sault, elles sont en zinc.
Le faîtage maçonné au mortier à la chaux.
Les moellons : pierre de remplissage de tout venant, calage de tuiles.
Absence de gouttières en raison d’un terrain perméable.

Absence de gouttières

Les murs

Recouverts à l’origine d’un enduit à base de chaux non pas hydraulique mais aérienne, mélangé à du tuf (arène granitique en décomposition. On l’extrait des forêts où il reste des traces : excavations qui font penser à d’anciennes carrières) et à de la tuile pilée pour améliorer la carbonatation de la chaux. La chaux aérienne n’est guère plus utilisée de nos jours. Elle sèche plus lentement. Elle est constituée de 100% de calcaire. Elle est micro poreuse et est de meilleure qualité que la chaux hydraulique actuelle.  Un mélange chaux hydraulique

Au XIXe siècle,fenetre on a percé des ouvertures où on a intégré des briques. Les autres fenêtres possèdent un encadrement en pierres de taille (Linteau non travaillé dans sa partie supérieure Jambages avec panneresses et boutisses)

L’enduit.

Il a deux rôle. Tout d’abord, il est utilisé contre les eaux de ruissellement. Ensuite, il a un rôle important pour la qualité de l’aspect visuel.
Le gobetage d’un mur consiste à jeter l’enduit à la truelle puis à le racler à la pelle (coupé à la truelle), on le taloche ensuite jusqu’à la limite des moellons ou des pierres. Ce qui fait que les pierres sont apparentes. Elles s’intègrent dans l’ensemble de la construction. (En cas de restauration, souvent, l’enduit déborde des pierres, c’est une erreur ; si on enlève l’enduit, on projette le mortier au compresseur et on refait les joints après en raclant les pierres, c’est une autre erreur ; il arrive aussi que l’on vernisse les boiseries, c’est une troisième erreur… Les villages étapes, sur l’A20 bénéficient des conseils de gens avisés et l’on peut dire que les restaurations sont une réussite à 80%. Il y a également l’opération façade le long de l’autoroute A20 où des conseils sont aussi donnés, ce qui évite des erreurs. Les touristes vont s’arrêter le long de l’autoroute A20. Si on ne fait rien pour retenir leur regard, ils font continuer leur chemin et s’arrêter plus loin. Il est donc impératif de soigner le patrimoine…)

Maçonnerie

Les maisons style demeures de notables sont typiques. Elles sont imposantes car, à l’époque, on ne payait pas la main d’œuvre. (Exemple de maisons : le relais de poste de Boismandé, celui de Montmagner à Arnac le Poste ou celui de La Villaubrun. )
Sur certaines d’entre elles, on peut voir des corniches avec génoises (parfois jusqu’à 7). Sur d’autres, et elles sont nombreuses à St Sulpice, on peut voir des corniches à doucines, véritable travail de sculpture dans la pierre, rue Albert Joyeux, rue Jean Jaurès ou route de La Souterraine.

Certaines autres possèdent des tirants métalliques car elles sont construites directement sur le rocher. Ce procédé permet de les consolider. (Ne pas confondre avec les ferraillages qui sont des mesures de sauvegarde !) Un autre procédé de consolidation consiste à mettre des pierres en largeur. Elles bloquent la construction, surtout dans les granges. Ce sont des parpaings (Elles ne servent pas à poser la bouteille de vin rouge…). Elles dépassent à l’intérieur comme à l’extérieur du bâtiment. (Exemple : Ratenon)
Une caractéristique de la maison de la Basse Marche, c’est que les avants toits ne débordent pas des murs. (La frontière s’arrête à Châteauponsac). Les planches de rive, nous l’avons vu, sont apparentes.
Les enduits sont parfois faits au balai. (Lorsque le crépi semble grossier). On se servait de balais fabriqués avec des branches de bouleau que l’on enduisait de mortier. Il fallait frapper fortement sur le balai et le mortier était projeté sur le mur.
A St Sulpice, une façade est visible où il y a trois sortes de maçonneries visibles (ex : à la romaine). Le mortier est invisible.
Autre procédé de construction : Le bain soufflant : Le mortier est écrasé par la pierre que l’on pose dessus et on le laisse tel quel.
Parfois, le mortier est coupé à la truelle.
Parfois aussi, la surface est enduite et traitée à la taloche.

Couleurs

Les couleurs caractéristiques de la Marche sont le gris, le gris bleuté, le sang de bœuf, le rouge brique, le marron et l’ocre jaune.
Statistiquement, dans le nord de la région, on trouve plus de bleu et de gris vert.
On ne peint jamais le châtaignier, on le traite au Carbonyle qui devient avec le temps couleur sépia.
Les contrevents étaient à planches larges (à la limousine). La peinture de ces contrevents doit être la même pour le bois et le métal.
Il reste des traces de « Bleu Charrette ». C’est un bleu qui était fabriqué par les charrons. La recette consistait à mélanger du sulfate de baryte, du bleu de Prusse et du lait de chaux.
L’architecture est comme un morceau de musique. Le musicien averti entend la moindre fausse note. Sur une façade, l’œil exercé voit immédiatement le détail qui ne convient pas. Les couleurs doivent être en harmonie avec l’ensemble.

Autres points du patrimoine

Les pavages

On ne les remarque que très peu. Pourtant, le patrimoine en est riche, comme à Arnac où les pavés sont posés en opus. (Rien à voir avec les rues piétonnes pavées lamentablement avec du matériau de récupération qui n’est fait que pour durer 3 à 4 ans)
Les caniveaux (cf. une ferme à St Georges les Landes). Quand ils ne sont pas recouverts par le goudron, ils peuvent être magnifiques.
Pour qu’un pavage soit beau il faut alterner les pavés courts et longs. On emploie parfois aussi la gazette de porcelaine (résidus des moules à porcelaine qui ne sont plus utilisés)

Les bornes

A l’origine, elles sont en pierre brute. Dans ce cas, elles sont parfaitement cylindriques. On en trouve, par exemple, autour du monument aux morts de Dompierre.
Elles n’ont rien à voir avec les bornes modernes qui sont un peu coniques et qui ne supportent pas le gèle (Actuellement, pour avoir une vraie borne à l’ancienne, il faut compter autour de 10 000F).

Les espaces semi-publics

Ex : les grands chézeaux. (maisons Aucharles – Dionnet ou maison Violet)

Les ferronneries

Traditionnellement, elles sont toujours de couleur blanche, exceptionnellement de couleur bouillie bordelaise (ex : la Maison de George Sand). Les barrières en bois, elles, ne sont habituellement pas blanches.
On récupère parfois les cerclages des roues en les mettant à plat, en faisant des entailles.

Les Allées

Elles sont bordées d’arbres de chaque côté. Elles se font rares maintenant car elles sont de plus en plus goudronnées. (Alors qu’elles devraient être maintenant protégées pour favoriser les promenades à pied ou à bicyclette)
On plantait des charmes en contre allées quand une fille se mariait.

Les fontaines

Faut-il forcément les rénover ou les laisser intactes quand elles sont fort belles ?