Le « B.I.N.S » au collège

LE « B.I.N.S » au collège de St Sulpice les Feuilles
ou
Comment apprendre à courir quand on ne veut pas apprendre à nager

« B.I.N.S » ! je ne suis plus certain de ce sigle qui aurait pu signifier : Bassin d’Initiation à la Natation Scolaire.

Dans les années 72, les badauds virent s’installer sur l’ancien stade attenant au collège, un cirque d’un style particulier : sous un chapiteau classique un bassin gonflable que les cantonniers remplirent d’eau. Les potaches du moment excités par le spectacle cherchèrent en vain d’hypothétiques dauphins ou otaries sur lesquels les 3 dresseurs déjà sur place allaient pouvoir exercer leur talent.

La curiosité fit bientôt place à l’angoisse quand la population scolaire se rendit compte qu’il s’agissait en fait d’une installation itinérante permettant de rétablir dans les zones rurales défavorisées un équilibre en matière d’équipements sportifs. En clair, on allait coûte que coûte leur apprendre à nager.

Cette expérience alléchante au départ devint vite un cauchemar : une génération d’élèves fut dégoutée de l’eau à jamais.

C le chef des dresseurs, personnage à l’humour décalé n’avait pas son pareil pour mener son petit monde à la baguette. En fait de baguette, c’est au moyen d’une perche d’environ 4m que sa pédagogie prenait toute sa saveur : elle lui permettait à distance, par des tapes amicales, de corriger les mauvaises positions. Sans se déplacer, il pouvait mettre au sec tout élève en perdition qui pouvait se raccrocher immédiatement à l’élément solide ( d’où l’expression : « tendre la perche »).

L le second, personnage au sommeil décalé profitait de sa position ( il avait aménagé son poste de vigie dans les hauteurs de l’installation) pour surveiller tout en dormant. Il menait à bien sa fonction de surveillant de baignade : toute clameur inhabituelle le réveillait instantanément, il était alors capable dans la minute suivante de mettre fin à tout début de noyade.

Y complétait l’équipe pédagogique, son côté « pâtre grec », son charme agissaient sur la population féminine. Cet élément modérateur contribuait à limiter les absences au moment fatidique.

Pourtant, sans aller jusqu’à comparer le passage obligé des classes du primaire et du secondaire au troupeau mené à l’abattoir ; il fallait bien admettre que la partie n’était pas gagnée d’avance : décimée par les motifs d’absence officiels, les autorisations des parents, les défections de dernière minute pour oubli de maillot de bain, la troupe, encadrée par les enseignants puis prise en main par nos 3 maîtres nageurs après un dernier regard vers la liberté, se dirigeait vers le vestiaire ou une évasion était encore possible. J’ai le souvenir d’un élève qui, ayant échappé à la vigilance de ses gardiens, avait réussi à fuir en plein mois de janvier, dans le plus simple appareil. La gendarmerie de St Sulpice les Feuilles mettait fin rapidement à la cavale du récalcitrant récupéré quelques heures plus tard dans les bois des BOUGUILLONS.

Le troupeau passait ensuite dans le pédiluve où une inspection détaillée pouvait conduire à un brossage énergique à la brosse à chiendent ; c’était enfin l’heure de vérité où la sélection naturelle permettait aux plus intrépides de jouir pendant 45 minutes à travers d’épiques joutes nautiques du B.I.N.S de St Sulpice les Feuilles.

Sans rancune